THANH TUYỀN & NGỌC PHÚ : LA LANGUE VIETNAMIENNE


VN-VN : La langue vietnamienne

La langue est une composante majeure de notre héritage culturel. Partons à la rencontre de ce qu’est la langue parlée et écrite par le peuple vietnamien.

1. La langue parlée
Le vietnamien est une langue d’origine autochtone, issue d’une civilisation agraire, située au nord du bassin du fleuve Rouge et du fleuve Ma au Vietnam.
La langue fait partie de la branche Môn-Khmer des langues austro-asiatiques.
Quelque mille ans de domination chinoise sont à l’origine de l’adoption d’un grand nombre de mots transcrits du chinois même si ces mots sont prononcés “à la vietnamienne”, ce qui explique que les deux langues parlées n’ont pas grand chose en commun.

2. La langue écrite
Tout au long de son histoire, l’écriture vietnamienne est passée par quatre grandes étapes avant d’être officialisée comme langue nationale.
2.1 Le vietnamien ancien
Le Vietnam avait t-il sa propre écriture avant de tomber sous le joug chinois ? La question demeure aujourd’hui entière, faute de vestiges et de documents suffisamment convaincants (Dương Quảng Hàm).
Cependant, bon nombre de chercheurs vietnamiens et étrangers affirment que “oui”, il existait bel et bien une écriture vietnamienne avant l’arrivée des Chinois.

Le chercheur Đỗ Văn Xuyền a passé cinquante ans à rassembler et étudier chaque document et fragment de document pour déchiffrer un alphabet de 47 caractères qu’il affirme être le vietnamien ancien.
Cette thèse n’est pas encore reconnue scientifiquement mais elle n’est pas dénuée de tout fondement car comment un royaume tel que le Vietnam en ces temps là aurait pu fonctionner sans une langue écrite ? Une chose est sûre : les Chinois avaient fait le nécessaire pour détruire toute trace de notre civilisation antérieure dans le but de mieux nous assimiler, non ?

2.2 L’écriture chinoise
Sous l’occupation chinoise, les Vietnamiens ont continué de parler leur langue mais ont été forcés d’utiliser le chinois écrit jusqu’en 1919, dernière année des épreuves littéraires nationales à Huế.
L’écriture était chinoise mais lue avec une prononciation typiquement vietnamienne et progressivement, nos ancêtres ont transformé le chinois en une écriture vietnamisée (Nôm).

2.3 L’écriture Nôm
Dérivé de “Nam” (Sud), le Nôm utilise ou modifie des caractères chinois (sinogrammes) pour écrire le vietnamien.
Ses origines exactes sont encore floues mais remontent probablement au 10 ème siècle à la sortie de l’occupation chinoise après la victoire de Ngô Quyền en 938. En 1789, le roi Quang Trung, après avoir défait l’armée Thanh, décide de remplacer l’écriture chinoise par le Nôm.

2.4 Le vietnamien 
(ou Quốc-ngữ = écriture nationale)
Au début du 17 ème siècle, les missionnaires européens évangélisateurs arrivent au Vietnam. A cet effet, l’utilisation d’une langue écrite est primordiale pour comprendre la culture locale et développer les doctrines religieuses. Devant la complexité de l’écriture chinoise et du Nôm pour l’ensemble de la population, un groupe de Jésuites, aidés par des missionnaires du pays se sont consacrés à étudier le vietnamien parlé pour, à partir de l’alphabet latin, transcrire la prononciation des mots en une écriture plus aisée à lire et à écrire dans la vie de tous les jours.

Le missionnaire jésuite français Alexandre de Rhodes est considéré comme le fondateur de l’écriture vietnamienne et son dictionnaire Annamite-portugais-latin (Dictionarium Annamiticum, Lusitanum et Latinum) imprimé à Rome en 1651 est le fondement de notre écriture.

3. Caractéristiques de la langue vietnamienne
3.1 Alphabet latin
Contrairement à tous les autres pays d’Asie, notre langue utilise l’alphabet latin, si simple à écrire et à lire en comparaison avec les sinogrammes. De ce point de vue, nous devons une fière chandelle aux missionnaires européens et locaux qui ont contribué à ce projet.

3.2 Langue monosyllabique
A l’inverse, le vietnamien est monosyllabique comme beaucoup de langues du Sud-Est Asiatique. Cette caractéristiques s’illustre dans tous les aspects de la phonétique, du vocabulaire, de la grammaire…
A côté des mots simples, il existe des mots composés, groupements de deux mots (ou plus) pour ajouter une précision, une nuance ou pour créer un nouveau mot.
Exemples:
– “Yêu” = aimer; “yêu mến” ajoute la notion de sympathy; “yêu thương” celle de compassion;“yêu quí” celle d’estime, …
– “Nhân-quyền” vient de “quyền” = droits et “nhân” = humain. Donc, “Nhân-quyền” = droits de l’Homme.

Les Vietnamiens sont également friands de mots “doublés” faits d’un mot principal et d’un mot phonétiquement proche ou identique pour ajouter une nuance, le rendre plus poétique ou atténuer la “rugosité” phonétique du mot (les monosyllabes pouvant être en général secs et cassants).
Exemples : lành lạnh (= plutôt froid; lạnh = froid), đậm đà (= très chaleureux; đậm = chaleureux, prononcé); xinh xinh (plutôt joli, bien joli); …

3.3 Langue polytonale
Une langue à tons, ou langue tonale, est une langue dans laquelle la prononciation des syllabes d’un mot est soumise à un ton précis, c’est-à-dire à une hauteur relative déterminée ou une mélodie caractéristique. Une modification de ce ton amène alors à prononcer un autre mot et indiquer un autre sens.
Un bon nombre de langues sont polytonales en Afrique, en Amérique, en Europe ou en Asie orientale mais le système est des plus élaborés en Chine, au Vietnam, en Thailande, au Laos et le Vietnam a peut-être la langue qui comporte le plus de tons, six au total :
– plat / ngang : médian (sans accent : ma)
– pointu / sắc : montant (accent aigu : )
– suspendu / huyền : descendant (accent grave : )
– question / hỏi : descendant montant (accent crochet : mả)
– tombant / ngã : laryngal montant (accent tilde : )
– lourd / nặng : descendant bas bref (point souscrit : mạ)
Avec un son “ma“, nous obtenons 6 mots différents, dans l’ordre : fantôme, maman, mais, sépulture, allure, semis.

De ce fait, les six tons, tout comme les 7 notes de musique, font de chaque phrase une véritable mélodie. Cette polytonalité a par contre ses revers : engendrer des fautes d’orthographe, rendre la frappe difficile sur un clavier d’ordinateur ou un smartphone, et aussi constituer une difficulté majeure pour un étranger souhaitant parler le vietnamien.

3.4 Vocabulaire
Il est essentiellement composé de 3 origines :
– chinoise en majorité (1000 ans d’influence y sont pour quelque chose)
– purement vietnamienne
– française (“seulement” 100 ans d’influence) ; par exemple : ô-tô (automobile), bơ (beurre), cặp-táp (cartable), …

3.5 Grammaire
Le vietnamien est une langue isolante, c’est-à-dire que tous les mots (noms, adjectifs, verbes,…) sont invariables quelle que soit leur fonction syntaxique. La grammaire est donc toute simple et il n’y a pas de conjugaison ni de déclinaison des mots, pas de pluriels irréguliers, etc.
La prononciation obéit à des lois unifiées et la langue est donc facile à lire.

Une difficulté réside dans l’utilisation des pronoms personnels.
Lorsque l’on s’adresse à quelqu’un, on utilise un mot reflétant les relations avec cette personne : familiarité, respect, préséance de l’âge, lien de parenté…
La distinction entre tutoiement et vouvoiement ne fonctionne donc pas comme en français.

Prenons un dialogue entre un grand-père et son petit-fils :
petit-fils : tu vas bien ?
grand-père : oui, merci, je vais bien. Et toi ?
Une traduction littérale du vietnamien donnerait :
petit-fils : grand-père va bien ?
grand-père : oui, merci, grand-père va bien. Et petit-fils ?
3.6 Régionalité
Il y a plusieurs accents régionaux distincts, sans que l’on puisse parler de dialectes (seule la prononciation change, le vocabulaire peut être parfois différent mais la grammaire est rigoureusement identique).
Les trois familles principales sont : l’accent du Nord (considéré comme la norme officielle), celui du centre et celui du Sud.
4 Conclusion
Chaque langue est unique mais la nôtre est… la plus unique.
Un peu plus objectivement, le vietnamien est agréable à l’oreille et relativement facile à apprendre, son vocabulaire est riche et nuancé, surtout dans les sphères morale et sentimentale. Ses caractéristiques créent toutes les conditions pour jouer avec les mots et la contrepèterie règne en maître.
Ah, la langue de mon pays!

Yên Hà, novembre 2017

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